Chronologie
Vu de l'extérieur appartient à la période
anglaise de Serge Gainsbourg. Il a été enregistré
en 1973, et se situe entre Histoire de Melody Nelson (1971)
et Rock around the bunker (1975).
Le disque en trois morceaux
Par hasard et pas rasé
La déception : Gainsbourg arrive à l'improviste
et découvre qu'en son absence sa place a été
prise par un para. Sous le choc, il décide de partir et
erre dans les rues sans but précis. Une belle mélodie,
une superbe partie de piano et un texte beau et mélancolique
sont les trois atouts de ce morceau.
Titicaca
La violence : Gainsbourg devient méchant. La dame de
ses pensées est une vraie tigresse et son histoire d'amour
vire au match de boxe :
Si par hasard devant chez moir
Vous passez, faites le sourd
J'suis en train de remplir la baignoire
Et elle vous appelle au secours
Sur ce morceau, on a vraiment l'impression que le grand Serge
s'éclate au piano. Le guitariste rythmique a l'air de
bien se marrer lui aussi.
L'hippopodame
La dérision : Gainsbourg vient de jeter son dévolu
sur une dame de poids, car...
... avec elle j'ai des prix de gros
Quoiqu'il en soit, sur ce morceau bluesy il est content de
lui car il se marre en chantant son texte.
Pourquoi j'aime ce disque
Vu de l'extérieur est un disque modeste. A part
pour Je suis venu te dire que je m'en vais, le 45 tours
qui devait promouvoir l'album, le son est quasiment live. Avec
cette voix mixée volontairement trop en avant et ces morceaux
qui parfois se terminent en queue de poisson on pourrait penser
qu'il s'agit de la maquette d'un album à venir. Mais il
n'en est rien.
Sur ce disque la cohésion entre Gainsbourg et ses musiciens
est totale : durant ces séances d'enregistrement ils forment
vraiment un groupe. Avec un minimum de musiciens (deux guitaristes,
un bassiste, un batteur, un organiste, et lui-même au piano)
Gainsbourg nous présente ce qui aurait pu être un
fabuleux concert dans un club Londonien.
Sur le plan musical, il s'agit d'un disque de Pop Anglaise.
La prise de son des guitare et des claviers est excellente, et
on utilise toute la palette d'effets à la mode en ce début
des années 70 : distorsion, slide, wah-wah.
Les textes peuvent être lus à deux niveaux. Au
premier niveau, il s'agit d'un divertissement à base de
grosses vannes et d'humour plutôt scato (Des vents des
pets des poums, Pamela Popo, Panpan Cucul, La poupée qui
fait, L'hippopodame). On se croirait à l'école
primaire, pendant la récréation... Au deuxième
niveau, Vu de l'extérieur est un véritable
guide du mec qui vient de se faire plaquer. Confronté
à une telle situation on s'en va en pleurant, ou bien
on a l'insulte à la bouche, ou bien on cogne, ou bien
on va noyer son chagrin dans une boite de strip, ou encore on
en trouve une autre. On trouve tout ça dans Vu de l'extérieur.
Observateur, ce Gainsbourg.
Pour la petite histoire...
Afin d'obtenir des pleurs réalistes sur Je suis
venu te dire que je m'en vais Gainsbourg a profité
de la tristesse de Jane Birkin qui venait de se séparer
de ses filles pour les vacances. Il l'a agacée jusqu'à
ce qu'elle éclate en sanglots, et il a pu l'enregistrer. |